DÉFINITION : A.E.D. ASSISTANCE D'ENFANTS EN DIFFICULTÉ

A.E.D.
est un organisme d’intervention auprès des enfants en difficulté de 0 à 12 ans.
Son action est basée sur une approche globale en réseau dans le milieu communautaire.

A.E.D
. est l’expression d’un véritable projet de santé communautaire dans les milieux de vie
des enfants avec une méthode d’intervention axée sur le renforcement (empowerment) des enfants et de leurs familles.

A.E.D. est un organisme qui intervient actuellement dans le milieu populaire du quartier Hochelaga Maisonneuve à Montréal.

Les enfants en difficulté répondent à plusieurs critères bio-psycho-sociaux et ont comme dénominateur commun, une grande vulnérabilité et des souffrances multiples. Ces enfants se retrouvent dans tous les milieux et dans toutes les classes sociales. On observe cependant une densité importante d’enfants en difficulté dans les milieux appauvris. De plus, ces enfants se trouvent souvent exclus, ils n’ont pas accès à des services adéquats surtout dans les milieux populaires. Il est donc primordial de dépister précocement les enfants vulnérables et ceux déjà en difficulté, de bien définir leurs besoins globaux et ceux de leurs familles et d’élaborer des mécanismes d’interventions et de soutien pour les aider adéquatement. Il faut de plus que cette aide ait pour objet d’améliorer leurs conditions de vie, d’apaiser leurs souffrances, de guérir leurs maladies et de renforcer leurs capacités afin de leur assurer un développement harmonieux, une trajectoire de vie constructive et des chances de réussite dans la vie.

Dans Hochelaga Maisonneuve, nous rencontrons des enfants en difficulté de toutes sortes. Il y a ceux qui nous sont référés par l’école, soit parce qu’ils sont toujours tristes, soit parce qu’ils ne semblent pas en bonne santé, soit encore parce qu’ils sont rejetés par leur milieu. Il y a aussi ceux qui ont des troubles de comportement, ceux qui ne parlent pas, ceux qui ont des difficultés d’apprentissage ou encore ceux qui sont battus. D’autres enfants nous sont envoyés par des travailleurs sociaux, des infirmières, des enseignants et des intervenants de garderie. Plusieurs groupes communautaires du milieu nous signalent également des enfants et des familles en détresse. Nous avons de plus des parents dépassés qui font appel à nos services, et enfin des voisins ainsi que des proches de familles en trouble qui nous demandent de faire quelque chose pour les enfants.

Nous tentons alors de faire ce qu’il faut, de façon globale et en réseau étroit avec nos différents partenaires. Chaque enfant reçoit une attention particulière. Chacun est approché, écouté et supporté selon ses besoins globaux. Chaque famille est rencontrée, supervisée et « comprise » dans ses besoins et surtout chacune est impliquée et renforcée pour agir avec nous auprès des enfants afin de résoudre leurs difficultés. Le biologique est considéré de sorte que les maladies sont diagnostiquées et traitées. Le psychologique est aussi sondé, interprété et soulagé. Le social est également traité, qu’il soit d’ordre matériel ou environnemental. Et tout cela est possible grâce à l’expertise des intervenants de A.E.D. dans le cadre d’un réseau puissant qui existe déjà depuis longtemps dans le milieu.

Le réseau en question se recrute chez des partenaires du milieu que ce soit des groupes ou des projets, déjà bien établis dans la communauté, lesquels fournissent des aides variées aux enfants et aux familles (aide alimentaire, aide répit, aide d’encadrement ou de loisirs, etc.) ou encore que ce soit des réseaux informels qui gravitent autour des enfants et des familles (voisins, parenté, amis, etc.) Mais le réseau consiste aussi en des ressources professionnelles privilégiées à différents niveaux et dans divers secteurs qui acceptent de partager leur savoir et souvent leur cœur pour tel ou tel enfant démuni et ce, souvent au-delà de leurs horaires réguliers et des limites de leur profession (neurologue, psychiatre, pédiatre, médecin de famille, psychologue, travailleur social, psycho-éducateur, infirmière, enseignant, bénévole, administrateur, etc.)

Dans le quartier Hochelaga Maisonneuve de même que dans la plupart des quartiers populaires en ville et en région l’accès aux services, pour les enfants de 0 à 12 ans particulièrement, est très limité. En effet, l’école primaire est souvent aux prises avec les enfants en difficulté. En fait il y a peu de services disponibles et souvent ces services ne sont offerts que partiellement et brièvement par des personnes qui sont heureusement bien motivées.

A.E.D. est un organisme qui rend accessibles les services requis pour les enfants en difficulté dans le quartier Hochelaga Maisonneuve. A.E.D. existe donc pour remédier aux grosses lacunes de services essentiels pour le soutien au développement des enfants et pour le renforcement des familles et de la communauté. L’organisme A.E.D. offre un service global et une liaison avec les différents groupes et intervenants du milieu et des systèmes tertiaires.

A.E.D. est au centre des interventions qui contribuent à dépister les enfants vulnérables, à comprendre les problématiques complexes qui les mettent en difficulté, à définir un partenariat avec les familles et à mobiliser les ressources du milieu.

Son objectif est donc de mettre en place tout ce qu’il faut pour recentrer les enfants, diminuer les risques et augmenter les facteurs de résilience et définir le service adéquat pour l’ensemble de leurs besoins.


Pauvretés et exclusions : Les enfants d’abord

Le texte qui suit a été rédigé par le Docteur Julien en incorporant des textes d’enfants du quartier Hochelaga Maisonneuve à Montréal. On retrouve ces textes, et bien d’autres aussi tragiques, dans « C’et bon d’en parler » aux Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine.

La pauvreté des enfants a une histoire et cette histoire se continue. Ces enfants qu’on veut tant aimer et dont on est supposément fous, ne sont de fait que des citoyens secondaires. On s’y intéresse parfois mais pas du tout de façon gratuite, à preuve un des intérêts les plus récents concernant leur pouvoir d’achat et de consommation. J’entendais récemment un de ces enfants ciblés qui lisait à la radio sa liste de Noël : un autre Nitendo plus performant, un équipement complet de ski alpin, des vêtements griffés, la série complète de Pokémon…et ce n’était qu’un début. Le même jour, j’écoutais une jeune fille mal aimée de 14 ans. Elle souhaitait se procurer assez d’argent par son travail pour s’acheter des bas (ordinaires) et un pantalon. Elle voulait tout simplement remplacer son unique pantalon trop petit et déchiré à l’arrière et elle vivait constamment dans la crainte de faire rire d’elle à l’école.

La pauvreté s’exprime même à travers ce petit exemple bien simple. D’une part une pauvreté de «riche », de la démesure et du gaspillage qui gâte et rend insensible, et d’autre part une pauvreté des plus pauvres qui fait perdre espoir et crée des conditions de vie inacceptables. Les deux sont tout aussi dramatiques.

La pauvreté, on en parle et reparle et on s’en scandalise périodiquement. Elle figure bien au palmarès des politiciens et des experts de toutes allégeances. On la dénonce et on s’en indigne, on la définit sous différentes statistiques selon les besoins de la cause. Cependant elle est habituellement ramenée à son seul volet économique et on en oublie alors les conséquences désastreuses surtout pour les enfants. Bien sûr la pauvreté économique est dure à vivre, inacceptable et très malsaine pour ceux qui en sont les victimes. Mais la pire, c’est celle dont on ne parle pas, celle dont la porte d’entrée est souvent mais pas toujours économique. Elle est plus insidieuse, plus écrasante et désespérante et rarement dénoncée : la pauvreté globale.

La pauvreté globale, pour parler clairement et de façon adaptée à notre époque, c’est celle du désintérêt, de l’exclusion et des abandons, celle de la bêtise humaine. De cette pauvreté là nous en souffrons tous un peu et qui mieux qu’un enfant peut l’exprimer ?

« Moi, quand je ferme les yeux, je ne vois que du noir. »

D’abord le désintérêt humain face aux enfants et aux plus démunis s’observe partout, dans le quotidien. Il touche tous les milieux et il cible non seulement les itinérants, les sans-abris et les personnes seules, mais de façon presque systématique, tous les enfants du monde.

Des millions d’enfants de par le monde souffrent de faim, de guerres, de tortures et d’abus de toutes sortes. Des milliers d’autres sont déracinés et utilisés comme travailleurs à bas prix, chair à canons ou même comme objets de plaisir d’adultes pervers. D’innombrables autres souffrent de négligences toutes plus scandaleuses les unes que les autres. Parfois une nouvelle retiendra l’attention publique sur tel ou tel événement et on en parlera quelque temps si on est chanceux. Mais en général, la nouvelle est vite oubliée et diluée dans une masse d’information variée. Les nouvelles passent et repassent et les guerres se succèdent presque de façon virtuelle dans le désintérêt le plus total. Même les émotions qu’elles suscitent parfois sont en général transitoires et superficielles. La réalité, c’est qu’au delà de l’événement, il n’y a pas d’intérêt pour les enfants.

En fait, le fossé ne fait que s’élargir entre adultes et enfants. Ceux-ci n’occupent plus qu’un espace restreint manipulé par des adultes peu conscients de la qualité de vie des enfants. Des adultes intéressés, dévoués et étroitement liés aux enfants, il n’y en a presque plus. On ne peut plus décoder leurs attentes, ni comprendre leur langage pourtant si simple. On ne reconnaît plus leurs besoins. Des modèles et des guides pour les aider, les orienter et les motiver ont été remplacés par des robots et des guides virtuels qui créent une confusion totale dans l’esprit des enfants. Les valeurs, les moments magiques et les événements déterminants pouvant définir un plan de vie sain ne sont plus qu’exceptionnellement utilisés avec les enfants. Les adultes signifiants sont maintenant rarissimes quelles que soient les milieux. Il ne se passe plus grand chose entre le maître et l’élève. Le respect et l’autorité ne sont plus à l’agenda, l’admiration du modèle n’existe plus. L’espoir est pratiquement perdu.

L’intérêt personnel des adultes et leur bien-être économique ont pris le dessus. Il n’est pas étonnant que dans ce contexte, la famille soit laissée à elle-même dans son éclatement. La société est occupée à autre chose. Le désintérêt se globalise et l’abandon, l’ignorance et l’éloignement sont les conséquences de ce désintérêt scandaleux. Ce qui ne plaît pas est vite éliminé et jeté aux ordures. Nous vivons dans un siècle où la séparation, pour ne pas dire la fuite, est facile et utile à l’individu. On gaspille aussi bien les personnes que les objets. Le moment compte et non les impacts sur l’environnement et l’entourage. L’abandon vécu par les enfants est une forme de sévices au même titre que le vêtement démodé ou l’animal de compagnie dont on est fatigué. À eux de s’y adapter, seuls, de préférence.

Rares sont les enfants de nos jours qui n’ont pas vécu ou ressenti l’abandon sous une forme ou sous une autre. Séparation, divorce, oubli, isolement font partie du lot quotidien de plusieurs d’entre eux. La forme la plus lourde et la plus conséquente de l’abandon, c’est pourtant les coupures et les cassures qui mettent à l’écart les valeurs et les attaches sans lesquelles l’enfant ne peut être motivé ni se développer pleinement. L’abandon des responsabilités, l’absence de communication et l’oubli qui conduisent tous éventuellement à la perte de la substance et de l’esprit des enfants, voilà le plus grand drame d’une société.

« Il y en a qui ont des enfants et ils boivent pour les oublier ».

L’exclusion procède du cumul du désintérêt et de l’abandon. C’est un peu comme si l’habitude des deux premiers favorisait ou même facilitait le second. Lorsqu’on n’a plus d’intérêt et qu’on peut facilement se séparer des enfants, il n’y a qu’un pas pour les exclure ou pour les ignorer. Tout se tient. Des enfants sont exclus chaque jour dans nos milieux. À la maison, on leur demande d’aller jouer ailleurs et de ne pas revenir trop vite. On les isole devant le Nitendo ou le téléviseur de peur qu’ils ne participent aux activités d’adultes trop occupés ou préoccupés de leur propre intérêt.

« Les parents idéals pour moi, ce sont ceux qui prennent soin de nous autres. Tu ne sors pas à 10 heures du soir. Ils ne te font pas manger n’importe quoi. Ils ne t’habillent pas tout de travers. Ils s’occupent de toi ».

À l’école, ils sont exclus à l’occasion d’événements et d’incidents trop graves et répétitifs. Ce n’est pas à l’école de régler les problèmes de la famille et du milieu entend-t-on souvent. Ce n’est certes pas la faute de l’école si les parents ne sont pas adéquats…Et puis, il y a le syndicat, les corporations et les règles internes et externes qui font obstacles. D’ailleurs, il faut bien s’entendre : la mission de l’école est éducative, il est vrai, mais elle se réalise dans un rôle complémentaire et non de substituttion à la famille de qui relève la tâche initiale et constante d’élever les enfants.

« Les gens pensent que les profs eux, sont là pour nous faire étudier. Moi j’ai le goût de leur dire qu’ils sont là pour faire de l’argent. Il y en a qui aiment leurs élèves. Mais il y en a qui chialent et qui disent qu’ils n’ont pas assez d’argent. Ils ont de belles autos neuves, toutes belles, toutes rouges. De toute façon, c’est juste pour se promener en « char ». Un « char » c’est juste pour s’asseoir dedans. »

Les jeunes sont de plus en plus exclus de la vie d’adulte en général. Plus question de les écouter et surtout pas d’assurer un lien de communication.

« Des parents qui n’écoutent pas, c’est des parents à qui tu poses des questions et qui continuent leurs affaires. Ils ne veulent pas entendre. »

L’exclusion, c’est aussi cette absence de communication, cet acharnement à ne pas entendre les paroles et les besoins des enfants. Serait-ce que les besoins des enfants qui sont basés sur l’amour et le respect, ne sont plus accessibles aux adultes ? Et si ces mêmes adultes avaient décidé de faire sans les enfants !

« Les qualités que je voudrais avoir comme adulte, c‘est de pouvoir communiquer avec mes enfants et de pouvoir établir de meilleures relations et de vivre dans l’amour. »

Et si leurs attentes étaient maintenant trop grandes pour notre monde d’adultes, faudrait-il alors exclure les enfants?

La bêtise couronne nos activités et nos liens avec les enfants. Sommes-nous assez bêtes pour passer à côté de l’essentiel et d’appauvrir ainsi nos enfants ? Ne sommes-nous pas conscients que ce que nous faisons nous appauvrit nous-mêmes ? Sommes-nous bêtes au point d’ignorer la souffrance des enfants ? Voyons les conséquences en face : l’escalade de la violence, l’augmentation de la pauvreté globale, la détérioration de notre propre humanité.

« Une famille pauvre, c’est quand il n’y a pas d’amour ni de bonheur.
On a les pauvres d’amour et les pauvres d’argent, la pire pauvreté c’est quand les deux se rejoignent ».
Haut de la page